Écriture

Elisa Ka (Babel)

 

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Elisa Ka


Elisa Ka
Septembre 2021 . ·

Le vent s'est essoufflé

à force de nous renvoyer
l'écho d'un monde aphone


la mémoire, cette ultime demeure,
s'est perdue dans le désert de la langue


seule l'ombre du Poète se reflète
dans l'extase de ses mots

© BaBeL

Oeuvre de François Dumont l'Aîné
(portrait du poète Vincent Antoine Arnault, 1766-1834)

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Elisa Ka


Elisa Ka
15 Septembre, 20:54 . ·

Dans mes veines
S'écoulent en-corps
À l'infime

Les voix frelatées
D'un temps
de Nous
Qui se ramasse

À l'appel
D'une mémoire
Figée
Dans l'angle mort
Des amours infidèles

© BaBeL

Peinture Catherine Reineke-Manry

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Elisa Ka


Elisa Ka
10/09/21 ·

Je conclurai un pacte avec le Temps
Il me laissera effacer tout l'obscur
De cette mémoire déflorée
     à expurger

Je conclurai un pacte avec l'Enfance
Pour permettre au rêve de re-venir
     au jour d'avant,

Et pouvoir me dire
"Je suis née demain".

© BaBeL

Photo Alison Van Pelt

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Elisa Ka


Elisa Ka
2 septembre 2019 · ·

Se tenir dans l'angle de la focale

S'extraire du cri démultiplié
qui nous traverse tant

jusqu'à ne plus avoir
de bouche,

S'inscrire dans la lueur de la pierre
     et laisser dire..

© BaBeL
Crédit photo Gonzalo Benard

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Elisa Ka


Elisa Ka
- Avant hier ·

LA FEMME COUCHÉE

Larvée dans son cocon de nuits blanches
Aspirée par le vortex de ses fantasmes,

Fatiguée de se battre contre des moulins à vent
Elle continue encore parfois à invoquer les dieux
Mais délestée à présent de son fardeau d'illusions
Mesurant son besoin d'absolu à l'aune de ses manques
Elle déchire le voile des apparences et des désertions,

Calcinée par les feux d'incendiaires sans remords
Oubliée par les habiles faussaires du sentiment
Usée de s'être donnée jusqu'au dernier souffle
Crucifiée sur l'autel des incompréhensions
Habitée par l'envie seulement de lâcher prise,
Elle se décide enfin à déposer les armes
Et se couche pour une nuit sans fin au pied des rêves.

© BaBeL
( acrostiche )

Peinture Crawfurd Adamson

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Elisa Ka


Elisa Ka
14 h - 27/08·

SOUS LES ÉTOILES

De cette moisson d'étoiles en germe
Sous ses paupières d'enfance,

Il ne subsiste plus que ce regard flétri
Par le froid sans répit d'un exil intérieur
Et le flou givré des grandes solitudes.

Son si beau rêve d'un monde nouveau
À se réinventer toujours sous le ciel,

N'est plus qu'un vase creux
Où s'est engouffré ce sanglot
Trop à l'étroit dans sa gorge..

© BaBeL
Peinture Anwar Abdoullaev

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Elisa Ka


Elisa Ka

Il y a des mots en creux
qui flottent dans l'air
et ne se posent jamais
défiant toute gravité

Ceux qui finissent par éclater
comme bulles de savon
sous la pression fatale
de sens à vide

Et puis il y a les mots
qui ouvrent des chemins
en tracés d'eau vive
sous nos pas de soif..

© BaBeL
Photo Hengki Koentjoro

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Elisa Ka


Elisa Ka

J'ai descendu longtemps des fleuves d'Impatience,
accrochée au radeau incertain des Médusés,
J'avais tant voulu croire aux pactes d'infidèles
qui n'ont jamais filé que leurs parfaits égos

J'ai mordu dans des fruits au goût trop emmiellé
qui m'ont vite écoeurée de ces jardins d'Éden, à leur beauté trompe-l'oeil de décors de théâtres
comme aux amours factices qui s'y déjouent sans fin

J'ai marché en aveugle pour sonder l'invisible
et franchi l'horizon où s'éteint le soleil,

Je me suis égarée loin de ma Terre première
et depuis tout ce temps je dérive toujours
sur ce vaste océan de mots épars, é-perdus..

© Elisa Ka (texte 2014, modif 2021)
Peinture Liang Dominguez Fong

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Elisa Ka


Elisa Ka est avec Sabine Lavaux-Michaëlis.
11 juillet 2020·
J'ai prié
dans la chapelle ardente
      des sacrifiés
sur l'autel des ordonnances
et des jugements
      sans foi ni loi

J'ai trempé mes doigts
dans le bénitier de leurs larmes
et inversé
      le signe de croix

pour conjurer le sort de tous
      les exilés de Dieu

© BaBeL
Peinture © Sabine Lavaux-Michaëlis ("L'étoffe des âmes")

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Elisa Ka


Elisa Ka
27 juin 2019 ·
Si tu t'en vas

surtout
ne te retourne pas

Elle est déjà statue
de sel

Dressée au milieu
de nulle part

Telle un phare
sans lumière
sur l'île de l'Abandon

Comme un i
sans poing
dans une phrase
inachevée

Si tu t'en vas
ne te retourne pas

Va
Cours
Vole

     et surtout
ne te retourne pas !

© BaBeL

Oeuvre Zao Wou Ki

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Elisa Ka


Elisa Ka
Écartement
.
Une chaleur trop bleue

un feu
qui se plaint
comme un ferment
hersé aux sillons
de nos mains

Entre toi et moi

cet écart   te ment
dans ces vers de gris
dévoilés

de l'instant qui bascule

© BaBeL

Photo Judith in den Bosch

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Elisa Ka


Elisa Ka
28 juin 2020·

Elle se souvient de ce jour éclaté
   où l'écrin de tes mots
   s'est craquelé
à trop les remâcher

Dans le fracas de tes silences
    elle a pu lire entre tes dents
    et dépoli l'émail
de tes contrefaçons

Leurs pointes acérées ont déchiré
la membrane trop fragile
de vos serrements d'amour
et sevré à jamais

l'Enfant nourrie au laid de tes mots

© BaBeL

Photo © Patrick Gonzales-Visual Artist

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Elisa Ka
25 juin 2019

· LÀ-BAS

Je voudrais mourir dans tes cheveux
mais avant

Je veux boire une dernière fois
dans la coupe de tes mains
cette eau claire qui prend source
dans le tendre jailli de toutes
tes saisons en enfer

Comme au chant de l'alouette
colorant de mille éclats l'aube pâle
du jour recommencé tu me diras
que l'amour est toujours innocence

Tu déchireras le voile de mes peurs
secrètes et m'embraseras tout entière
au feu de tes lèvres affamées
Tu souffleras sur ma peau le sirocco
de cette terre lointaine qui coule
encore dans mes veines et
tu me ramèneras là-bas

là oú le vent du désert s'essouffle
   sur les dunes éternelles

© BaBeL
Photo Sandra Mondini

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Elisa Ka
25 /06 ·

j'ai glissé le vent
dans mon corps sage

un oiseau s'est pris dedans -
je ferai mon nid de son chant

© BaBeL
Peinture Tatyana Gorshunova

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Elisa Ka
1 h ·
Elle avait couru si longtemps dans sa tête
pour s'évader du blessé des silences
et pour échapper à ses rêves plantés
de travers qui l'ont tous débarquée
à marée montante

Il était si loin
que son corps désajusté,
la condamnant à l'immobile,
s'était greffé aux plus hautes branches
de l'arbre qui avait poussé en elle

Elle a couru si longtemps dans sa tête
pour aller à sa rencontre
qu'elle s'est emmêlé les pieds
dans les racines du temps,

Juste avant
de pouvoir le toucher des yeux
et de se poser sur ses mots,

Au moins pour un instant..

© Elisa Ka Photo-Art
© Antoine Monmarché ("Pure souche")

Site monch.fr

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Elisa Ka
15 h ·

LE THÉÂTRE DES OMBRES

Elle se sentait détachée d'elle-même, comme une doublure
qu'on aurait oublié d'assembler à son envers.

Elle errait tel un fantôme dans ce dédale de solitude qu'était
devenu son quotidien. Une sensation de vertige l'avait envahie et
avait même éloigné les oiseaux de la nuit.

Le décorum fastueux des premiers actes s'était peu à peu laissé
gangréner par la pourriture d'une vie vécue sans motif réel, à
l'ombre d'elle-même.

L'orage qui grondait en ses entrailles allait bientôt tout détruire de
ses fragiles constructions mentales.
Elle ne se souvenait plus que vaguement du dernier des hommes
qui l'avait effacée de sa vie. Elle ne ressentait plus aucune douleur
à présent. Son image même s'était désagrégée au fil des ans ; ce
"mariage-blanc" non consommable et consumé dans les feux
imaginaires d'un théâtre d'imposture.

Les comédies qu'elle parvenait encore à s'inventer ne se jouaient
plus qu'en aparté et à rideau baissé.
La cour comme le jardin s'étaient dévêtus de leurs jeux d'ombre et
de lumière.

Au centre de la scène, seule une rose séchée gisait au pied d'un
arbre nu.

Elisa Ka - © BaBeL
Peinture de Jean-pierre Ledieu ("En scène")

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Elisa Ka
9 juin 2019 ·

Il marche en équilibre
sur le fil des amours
chancelantes

Les pieds sur le vide
et sous la langue un goût
d'inachevé

Il vacille un peu parfois
quand le ciel se détourne
de lui

Même sans balancier
il continue d'avancer sans
voir plus loin que le bout
de ses souliers

Il voit les visages
et il entend les voix

Sans s'apercevoir
que ce qu'il voit
n'y est pas

Et que le fil
trop tendu
a cédé
sous ses pas

© BaBeL (Équilibriste) Photo Sabine Barras

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Elisa Ka
6 juin, 20:42 ·

dans ma chambre
rien ne bouge

dans ma tête
rien ne s'évade

dans ma bouche
rien ne parle

seuls mes yeux migrateurs
m'envolent ailleurs

m'exilant
de ces écrans flous
qui dessinent
à l'aveugle
un à-venir
insoluble

© Elisa Ka (2020) - © BaBeL

Photo © Olivier Nesa

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Elisa Ka
3 juin 2019 .
LA RIME INVERSÉE

Elle me narguait alors, sans jamais s'atrophier
sous les pas ravageurs de mes colères rentrées

De toujours la sentir aussi prévisible
sur les chemins ivres de mes errances,
je l'ai piétinée sans cesse et sans remords
cette entrave ridicule qui m'avait rétréci
les vers et le coeur

~

Je t'ai perçue dans la douceur de l'aube,
comme un souffle ténu, une caresse impalpable,
étrangère encore à mes sens endormis

Tu m'as conquise sans me faire violence
et je m'offre à toi tout entière
comme dans une prière

Je t'ai laissée libre de jouer, et même en dissonance,
ta gamme d'impromptus sur les touches du poème

Tu étais là, enfin
échappée du tiroir à vieilles rengaines,

Mon irremplaçable, ma belle Sauvage

....... ma Rime Inversée .......

© BaBeL

Oeuvre Ewa hauton

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Elisa Ka
28 mai, 21:12 · ·

Dans ma maison
d'autre-mer
je m'étais endormie
sur un lit de plumes
où couvaient mes rêves

Je me suis réveillée
exilée de l'enfance
naviguant entre pluie
et insomnie
sur des éclats de vers

© BaBeL

Oeuvre John Fenerov (charbon & graphite)

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Elisa Ka
30 avril 2013 ·

Mots Passants -

Au bord de l'incertitude,
ses mots résistent encore un peu
avant de tomber comme lettres mortes
des pages du Livre de sa vie,
    imparfait

Ils avaient poussé en elle,
renforcés par des vents d'infiltration
la livrant aux métaphrases parodiques
de lecteurs hypothétiques,
    d'occasion

Délestée du poids des méprises
    et du tout-venant,
elle tomba enceinte d'un vide immense

Désencrée mais plus légère qu'une plume
    elle ne se nourrit désormais
qu'à l'éphéméride des Mots Passants..

© BaBeL
Oeuvre de Christophe Lieven

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Elisa Ka
2 mai 2019

Tes mots jetés à la mer

qui divaguent
au rythme incessant
de tes marées océanes

Ma voix en lambeaux,
    broyée
dans tes rouleaux de vagues,
échouée sur la grève déserte
    et nue

comme une brisure
    de l'âme..

© BaBeL ("Bris de l'âme")
Oeuvre Hengki Koentjoro

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ÉLUCIDATION

Hordes sauvages de Guerriers
   de l'Ombre
assiégeant ma mémoire,
   fantômes d'alors
   fantoches rescapés
   du désordre     d'Alors -

Ils sont toujours là,
exhumés de ces champs du repos
   à brandir d'autres armes
    à creuser d'autres larmes

Avec leurs sentences dévoyées
sous le couperet des vers
dont je sais à présent
    le pouvoir
    et les sortilèges

© Elisa Ka (3 mai 2020)
Oeuvre Pawel Kosior

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TEMPUS FUGIT

On dit qu'elle est présente, sans vraiment être là. Certains ont vu sa silhouette se
profiler sur des écrans de fumée. On ne la voit pas, on l'entrevoit. Entre les
images mentales qui défilent, une lueur limbique. Une petite musique aussi,
sans notes. Une presque-voix.

- On voit mal.
- C'est normal.
- Et l'on voit quoi ?
- Seulement ce qu'on entend.

Un ciel rouillé qui tombe sur la mer. Toujours là, en attente d'une bouée de
sauvetage. Un souffle épars, un bruissement d'ailes. C'est peut-être elle qui vient
et repart. Sans se poser.

- On n'entend rien.
- Parce qu'on ne voit rien.
- Alors pourquoi ne pas se taire ?
- Se taire, c'est encore trop dire..

On ne la voit pas, on ne l'entend pas. Mais elle est simplement là, à l'endroit
même où elle se cherche encore. L'espace d'un instant, elle entre dans notre
regard, dans notre voix. Pendant un instant, les yeux fermés, on la sent. On
devient Elle.

Puis soudain tout s'évanouit, comme les rêves au petit matin.
Et il ne reste plus que soi, comme une désertion..

© Elisa Ka (texte 30:04:2019, modifié)

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à l'Absente
.
Elle a laissé traîner derrière elle
une fragrance de "fleurs de rocaille"    ou son Souvenir
mais n'est-ce pas la même chose ?

Elle me traverse en-corps

   Acérée
comme une flamme ardente
dans mes yeux de révolte
    armés de silence

et quand Elle me regarde encor
   de ses pupilles mortes

je sens pousser la Lumière
   sous mes paupières

© Elisa Ka (27/04/2020)
Oeuvre © Jean-pierre Ledieu ("Le septième jour")

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Elisa Ka
15 avril 2019

Au pied du mur
comme au creux de la vague

Le frémissement d'un rêve
ricoche sur l'onde étale
de mes pensées

© Babel (Trève)

Oeuvre Hengki Koentjoro

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Elisa Ka

EFFACEMENT LIBRE

Telle une fleur piégée
entre les griffes du gel
l'amour se délite
à coeur-fendre

Puis vient l'Oubli -
sans appel

Le seul à nous épargner de l'érosion
du Temps, cet ogre qui nous avale
jusqu'à la racine en effeuillant
nos belles corolles de certitudes

Alors je vous en conjure

avant que je ne tombe en désuétude
dans le flou de vos mémoires,

Oubliez-moi souvent..

© BaBeL (-)
© Olivier Nesa
, interprétation de l'Oeuvre de GAO XINGJIAN,("L'enchantement") pour le film "In The Mood For Love".

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Elisa Ka
9 avril 2019

SENS INTERDIT

Sacrifiée sur l'autel de vos chimères
En offrande à tous les crucifiés de l'Espoir,
Nue dans un désir béant qui n'a pu voir le jour
Seule désormais devant un miroir sans tain

Illusoire projection du rêve brûlant d'une autre,
Née sur les décombres d'un terrain déjà miné

Trahie par omission à son corps défendant,
Elle replie doucement ses ailes atrophiées,

Refusant en une dernière pulsion de vie
De s'abîmer dans la tourmente des sens
Interdits et dans le vide sidéral des espaces
Traqués par les Albatros chasseurs d'étoiles..

© BaBeL (acrostiche)
Oeuvre Jaya Suberg

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Avant que mon coeur
ne soit plus qu'un battement
réfugié dans l'obscur de l'attente,

j'aimerais
      encore une fois
boire le lait de tes mots

pour sentir le blanc du rêve
couler entre mes doigts,

j'aimerais
      encore une fois
goûter au sel de ton regard
comme on goûte un vin précieux
d'abord avec les yeux..

© BaBeL (-)
Photo-art © Olivier Nesa

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LES INSTANTS INFIDÈLES


Elle approcha le coquillage de son oreille et reconnut le chant de la mer qui lui faisait tout oublier.

Le cheval fou qui galopait dans sa tête terminerait sa course sous un déluge de silence quand
le voyage prendrait fin. La bête s'enfoncerait dans les eaux noires, emportant avec elle les abandons
et toutes les trahisons.

Autrefois, le regard bienveillant d'un père aurait pu combler ce besoin d'attention et de
reconnaissance qui depuis ne l'avait plus quittée.

Toutes ces attendrissantes petites scènes de famille, qu'elle avait tant enviées aux autres,
s'inscriraient dans le livre d'une enfance nue, comme un ferment indispensable à son
efflorescence

Les dernières fleurs de son automne, même privées de sève, ne cesseraient d'embaumer les pages
de sa mémoire.

Un peu plus tard, au coeur de la tourmente elle s'était élancée sur le fil fragile qui la séparait de
l'inconnu. Elle se disait que son absence du pays des prophètes et des contes d'imposture ne
laisserait aucune trace de son passage aussi furtif qu'éphémère.

Depuis tout ce temps elle avait compris que l'adieu à son autre-mer ne se graverait que dans
l'écriture, peut-être, ou dans l'illusion.

© BaBeL (-)
© Photo-art Clara Antonelli

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-- /01/2021



N'y a t-il rien qui dure ?

Pourtant il fut un temps,
       hors du temps,
où la lumière nous revêtait
       de sa nudité,

Les chants d'ici
       ou venus d'ailleurs,
se ramifiaient dans la paume
de nos mains toujours ouvertes,

Les enfants nous éclaboussaient
encore de leurs rires sous la pluie
et de leurs jeux, même interdits.

N'y a t-il rien qui dure ?

Aujourd'hui la Terre n'a plus
que les cieux pour pleurer.

Quand les océans recouvreront
un jour la mémoire des glaces,
Arrivés au bout de nos errances
       de grande solitude,

Alors il ne restera plus
sur nos radeaux de médusés,
que ces mots naufragés
dilués de tout sens
comme seuls témoins
d'un temps où rien
ne dure..

© BaBeL (-)
© Oeuvre de Olivier Nesa

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Olivier Nesa

Elisa Ka 11/12/20



Percer la membrane des eaux dormantes
Avant la déversée de l'orage

Unir les deux bords de sa toile décousue
Sans déchirer la trame

Et s'octroyer une pause quand le jour se défile

© BaBeL (acrostiche)
© Oeuvre de Mami Kawasaki


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Mami Kawasaki

29 août 2019

TRAIN DE NUIT

Il ramassa ses lunettes et les nettoya minutieusement tout en l'épiant de son
regard torve.

Un bruissement de feuilles la fit sortir de sa rêverie et elle se souvint du mauvais
pressentiment qui l'avait assaillie lorsqu'ils avaient emménagé dans cette maison sans
placards. Ce jour-là elle lui avait demandé en riant trop fort où les anciens propriétaires
avaient bien pu cacher leurs cadavres. Il n'avait pas ri.

Elle s'était écorché les jambes jusqu'au sang en voulant découvrir le jardin envahi de ronces.
Elle savait déjà qu'elle ne parviendrait jamais à apprivoiser cet endroit.

La caresse du soleil et le doux murmure de la mer qui l'avait bercée toute son enfance
s'étaient transformés en ce crachin insidieux qui n'en finissait pas de cracher. Elle avait
beau remonter le col de son manteau, elle ressentait toujours ce froid humide qui
s'infiltrait dans les moindres replis de son corps.
Elle avait même souhaité qu'un orage violent survint à cet instant pour la purifier, la vider
de toute cette grisaille accumulée en elle.

Lui continuait de la surveiller de loin, tel un Pygmalion faussement protecteur qui ne peut
se détacher de sa créature. Il ignorait encore qu'elle le quitterait dès qu'elle aurait
retrouvé le visage de ses parents, cachés dans le maquis de sa mémoire.

Elle s'était promis d'échapper à ce voleur d'âme qui continuait toujours à
se nourrir de ses rêves. Ce n'était plus qu'une question d'heures.

Le soir même elle prendrait un train de nuit pour une destination inconnue,
et ne réveillerait pas l'enfant jusque-là.

© BaBeL
© Photo Frédérique Boquerat

Source Blog.

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Frédérique Boquerat

05/11/2020

Qui saura deviner

ma voix dans le vent ?

Elle s'est enfuie si loin

des morsures du temps

qu'elle s'est perdue souvent

dans les graves      inaudibles

des douves du silence

Elle effleure du bout de tes yeux

l'écho naufragé de sa couleur,

écrite en filigrane d'une aube

en partition à deux,

indéchiffrable     sans toi

Sauras-tu

deviner ma voix dans le vent ?

© BaBeL

Oeuvre © Antoine Monmarché (Monch)


Source Blog.

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Antoine Monmarché


05/10/20

Au loin


une Tour de guet qui écorche le ciel

projetée dans le bleu insensé de la mer

L'arche des palmiers m'ouvre un chemin

d'ombre et de lumière et j'avance mes pas

sans savoir où je vais

Chaque jour l'oiseau déchire de son chant

le voile de l'aube et sous la caresse du soleil

les jardins explosent en mille gerbes multicolores

La brise marine exalte les effluves tenaces

des citronniers quand les jasmins retiennent

leur souffle jusqu'au crépuscule

      Être là

loin des lumières qui s'enténèbrent

loin des masques sans visages

et du vide au coeur qui s'envisage

      Là où l'on n'est plus que soi


© Elisa Ka

Sculpture Toni Mari Sort


Source Blog.





Merci à Nicolas Granier
Site internet.

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Sculpture Toni Mari Sort


25 septembre, 22:02

AUX VOLEURS !


Il y eut d'abord les voleurs de feu

qui semaient l'effroi partout où ils passaient

puis les voleurs de terres

élevant des murs et créant des frontières

qui ne sont que blessures,

les voleurs d'enfance

ces profanateurs d'innocence

qui s'octroient le droit de la souiller à jamais,

les voleurs d'âmes

se nourrissant seulement de l'enfer

qu'ils font vivre aux autres

et enfin

        les voleurs de rêves

qui nous achèvent mieux que les chevaux..


© Elisa Ka

Crédit Photo© Olivier Nesa


Source Blog.

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Olivier Nesa

ÉCHAPPEMENT LIBRE



Dans tout ce qu'elle avait cru savoir,
elle avait ignoré qu'il y a toujours
quelque chose qui nous échappe,
change d'état sans être perçu,

un fourmillement
un souffle sans air
une trace sur la vitre
altérant la vision

Pourtant tout était là.

le cendrier sur la table basse
le fauteuil à bascule - immobile
la corbeille à fruits
rêvant d'autres couleurs,
   puis
les mots tombés de ses lèvres
comme feuilles mortes à l'automne,
   sans aucun bruit

Elle était là elle aussi.

Comme la nuit succédant au jour,
   confondus
dans un même crépuscule,

Mais dans ce souffle du vent
  qui ondule les arbres,
dans ce silence ponctué
   par le chant de la mer,

Sans même le savoir
elle était entrée
   dans l'Imperceptible..

© Elisa Ka (modif 2020)

Crédit Photo© Olivier Nesa


Source Blog.

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FIN DE SAISON



C'était une peur d'enfant, incontrôlable, qui l'avait lentement paralysé.

Au crépuscule de sa vie, il n'avait toujours pas réussi à se débarrasser de cette suie de l'enfance,
comme une pollution inaltérable qui se serait infiltrée jusque dans son âme.

Mais à ce moment précis la peur s'était transformée en panique, comme s'il venait de naître et que
personne ne l'avait prévenu.

Il venait de sentir un liquide chaud et salé qui empruntait le réseau sinueux des rides, de sa joue
jusqu'au coin de la bouche puis de ses lèvres à son menton. Il reconnut à peine le goût de cette
larme car il n'en avait pas versé depuis des siècles. C'était bon et doux comme une caresse sur sa
peau tannée de solitude. Son coeur battait donc encore et lui servait à autre chose qu'à pomper
son sang !

Il ne savait plus pendant combien de temps il était resté là, assis sur son lit et l'oeil rivé sur cette
fenêtre ouverte sur le néant.

Il s'aperçut alors qu'une arme pendait entre ses cuisses comme un sexe mou. Il la rangea dans le
le tiroir de sa commode, décidé à s'en débarrasser la nuit venue. Pour lui qui pensait ne plus jamais
être atteint par la moindre émotion, cette larme avait tout bouleversé en un instant.

Pendant toutes ces années il n'avait jamais ressenti de haine ou de rage envers quiconque, mais
juste une profonde incompréhension face aux coups d'un destin qui ne l'avait pas épargné jusqu'ici.

Cette solitude qui l'avait accompagné durant tant d'années, la peur qui bien des fois s'était
associée à elle et enfin ce mélange complexe d'émotions diverses qui l'avaient submergé à travers
cette larme.. tout cela l'incitait à présent à sortir enfin de son vétuste appartement et à marcher
droit devant lui, jusqu'à la plage déserte en cette fin de saison.

L'obscurité s'épaississait autour de lui et sa compagne de toujours finit par le rattraper juste au
bord des vagues.

C'est alors qu'une unique question lui revint en tête, comme un boomerang -

      "Pourquoi m'as-tu fait ça ?"...

© Elisa Ka (modif 2020)

Crédit Photo Olivier Nesa


Source Blog.

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APHONE



j'ai rangé tous mes mots
  mal aiguisés
dans le vieux tiroir
  à couteaux

bien repliés
dans un gant de velours

ils en ressortiront un jour
  peut-être

dépolis
    peut-être
      à l'émeri
       du silence

© Elisa Ka

Crédit Oeuvre © Antoine Monmarché


Source Blog.





L'HEURE BLEUE



Ils s'étaient dit c'est la dernière fois
Le soleil finira bien par s'éteindre
   sans nous
et nos yeux par se dessécher
   sans ses larmes de feu

Le froid a scellé leurs lèvres
et le vent a essaimé leurs derniers mots
comme ces feuilles mortes divaguant
   à l'heure bleue

Mais sous ses ailes l'oiseau a gardé
leur histoire au chaud –

  Jusqu'à quand ?

© BaBeL

Peinture© Ross Bleckner

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Elisa ka
23 août 2019 ·

EAU PÂLE ET SENS



Il est des jours

où le trop plein se vide

quand le vide se plaint

de trop


Il est des jours

où les mots renflés

de présomption s'évident

de leur sens


Et ne laissent filtrer

en leur déliquescence

qu'une vibration

muette


Sur l'onde étale

Un frémissement

immobile

une opalescence


© BaBeL

Photo © Elisa.Ka

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"Je voudrais saigner la Rumeur"



La leur offrir sur un plateau d'argent.

Me rendre sourde à ce fracas des voix
Qui me dérivent en m'éloignant de toi

On ne les entend plus et pourtant ils me parlent

Leurs voix se perdent dans des abîmes de fureur

Sans bruit.

Où la tempête se déchaîne en secret
Leurs mots se cognent à la porte scellée

De mes lèvres et finissent par rendre l'âme

Pendus à la corde du Silence....

© Elisa Ka (2020)

Oeuvre de © Olivier Nesa

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"LE DERNIER VOYAGE"



La nuit et le froid sont tombés comme un couperet.

Franchir plaines et montagnes pour se retrouver au pied de ce mur, cette blessure invisible sortie de terre, là où se creusent les tombes de l'exil. Puis affronter les chiens enragés sortis de nulle part qui se dressent entre les hommes à bout de force et cette porte imaginaire où se brise le rêve.

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L'esclave oubliée de tous leur tend les mains, ce livre ouvert au hasard, en offrande comme un chef-d'oeuvre - son unique monnaie d'échange contre un droit de passage, un viatique pour s'évader de l'enfer.

Elle a traversé toute sa douleur et sa mémoire est en cendres quand elle pense à ce pays fantôme qu'elle a dû fuir. Pendant l'interminable voyage, elle a porté ses racines sur son dos.

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À présent elle ne rêve que d'une chose, se délester de ce poids mort qui l'empêche d'avancer.
Elle n'aspire plus qu'à la légèreté du corps et de l'esprit, comme à une forme de transparence jusqu'à l'oubli.

© Elisa Ka (texte 2019, modif. 2020)

Oeuvre de © Olivier Nesa

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"LES MONOLOGUES DU PHALLUS"


14 Novembre 2019 Il éructe d'orgasmes en ces terres assoiffées et l'effluve de ses miasmes flotte sur les travées
Il s'envase au tempo d'une rengaine itérée puis reprend da capo sa partition usée
Pour finir sa besogne, branlant sur son trépied il s'essouffle, recogne, et s'escrime d'arrache-pied
Quand il arrive à bout de force et d'arguments sans même s'en être absous, il s'incline et se rend
Le présomptueux discours faisant place au silence le Jardin et la Cour retrouvent leur essence

Oeuvre de © Olivier Nesa

© BaBeL (élucubration dépoussiérée de 2010)

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"DÉSHÉRENCE"


Elle a semé l'épars comme d'autres prennent racine creusant un sillon qui se ferme à chacun de ses pas Les traces délébiles de son chemin de croix l'ont menée sans détours jusqu'aux portes de l'Inaccessible
Ombre parmi les ombres une tache trop visible à effacer sur les pages blêmes de nos grimoires

Invisible à tous ceux qui ont fui l'imploration de son regard qui accuse Elle s'est cognée aux angles saillants de leurs évidences assassines
Telle une phalène piégée par la lumière, elle s'est abîmée contre des murs d'Indifférence
comme une dernière prière sur l'autel de l'Infamie

Oeuvre de Montserrat Gudiol

© BaBeL (texte modifié le 29/12/2019)

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"TRANSPARENCE"


Je la vois s'approcher jusqu'à se fondre en moi
Cette soeur é-perdue dans des limbes d'antan

Exhumée du souffle de mes prières sans foi
Elle qui a traversé tous mes rêves d'enfant
*
Orpheline de toi avant mon premier cri
D'avoir volé ta place j'en ai perdu la mienne

D'avoir vécu ta vie j'en ai payé le prix
Aujourd'hui tu es là qui coule dans mes veines

Et après tout ce temps à supplier dans l'ombre
Devenue Transparence je déborde de Toi

Oeuvre de © Olivier Nesa

© BaBeL

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"DÉ-FIGURATIONS"



J'ai coupé mon visage
au rasant
de la mémoire

*

Miroir à deux faces
l'une
en pleine lumière
l'autre
à contre-jour

*

Une cicatrice ouverte
une incise
dans la chair
sans points de suture

*

Qui me sépare de moi
bien mieux qu'une frontière..

Oeuvre de © Olivier Nesa

© Elisa Ka (28 mai 2020) © BaBeL

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"ALICE AU PAYS DES CAUCHEMARS"


Gagnée par une incurie mêlée de paresse, elle avait laissé les mauvaise herbes envahir peu à peu son jardin, et dès lors, une fièvre mystérieuse la dévora jusqu'aux entrailles. Elle avait totalement perdu l'appétit et son squelette se mit à rétrécir à vue d'œil.

La fin de l'ancien monde ne manquait pas de s'annoncer sous diverses formes, aussi terrifiantes que prévisibles, mais le plus important pour elle à ce moment-là était de pouvoir se déplacer sans se faire repérer.

Régulièrement, au gré de ses promenades nocturnes, son esprit s'évadait pour rejoindre la farandole endiablée de ses joyeux fantômes nocturnes.

Par une nuit de pleine lune au long cours, alors qu'elle s'apprêtait à rebrousser chemin, elle vit la tête tranchée d'un lapin blanc se balançant au bout d'une branche d'arbre calciné.

© BaBeL
Oeuvre de © Patrick Gonzales-Visual Artist



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RELIÉS


Relié par les racines à ses frères de sève
Encore vivant au coeur de l'ultime forêt,
Les hommes l'ont blessé mais toujours il s'élève
Implorant de ses voeux la trêve des couperets
Et des hâches assassines pour retrouver ensemble,
Sans perdre plus de temps, l'odeur du monde..
© Elisa Ka (acrostiche)
Photo Deyan Kossev (The spirit of the forest)



Oeuvre Jarek Kubicki

Elle a mal à ses jours ils ne veulent plus se réveiller

Elle a mal à ses nuits un ciel aveugle figé quand elle ne rêve que d'étoiles

________ même filantes

Un temps suspendu au gibet de l'indifférence et
______ de l'ineffable


© BaBeL ("Le Pendule")



Oeuvre Jarek Kubicki

Elisa Ka
17 janvier, 20:18
Soldes d'hiver...

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J'ai dans l'eau de mes yeux une vague d'océan
Brisée par les tempêtes et les colères du ciel
Elle charrie avec elle les cris des goélands
Et le chant des sirènes à l'arrière-goût de fiel

J'ai au fond de la gorge un poison lancinant
Qui emperle mes lèvres et rend à mes baisers
La saveur ineffable du fruit gorgé de sang
Où les amants de proie viennent s'y enivrer

J'ai au creux de mes mains tous les sables mouvants
Les déserts et les mers enroulés à mes doigts
Ont tissé une voile où s'engouffrent les vents
Et s'échangent les rêves des mendiants et des rois

© Elisa Ka ("Des-Altérations")





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Jarek Kubicki


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